Aspirées par le soleil nouveau, mes branches s’étirent avec une impatience douloureuse. Mes racines, gorgées de neige fondue, affamées, fouillent la nuit profonde.
Partout alentour, la vie se soulève et se révolte. Tout surgit, heurte et déchire.
Sauvages violences, élans d’énergie convulsive, bonds, poursuites, impatience furieuse d’être — ô souffrance joyeuse, presque insupportable ! ô jouissance !
Tout s’étonne et s’affole.
Le monde se possède dans l’effervescence des sens, ivre de ferveur. Envie brutale de tout bousculer, tout rompre, en riant des lois mortifères rejetées dans un spasme de vitalité ! Il n’est plus de question, il n’est plus de savoir — seulement des odeurs enfin assumées, la chaleur, la lumière, les corps tendus jusqu’à l’excès.
Ardente verdure dans le vent, bourgeons douloureux, cris sauvages, rugissements, mugissements, feulements rauques et cruels, appels de désir et séduction. Tout halète, lutte pour éclore et naître.
La sève domine.
Senteurs ensorcelées, obscène profusion dans une quête frénétique d’assouvir la vie.
Bouillonnements dans mon enveloppe trop étroite, pressions secrètes, lentes déchirures et dans cette exubérance exhibée, insolente, triompher avec gloire de la crainte.
Dissiper la nuit et suspendu au plus haut, enfin être !
Victoire ! Victoire !
Une fois encore, l’impossible triomphe, éclaboussant les pierres en ruisseaux de rire sauvage.